Le goût du corps
Vous connaissez tous sûrement l’artiste Orlan. Son matériau, sa matière, son objet d’art, c’est son corps même.
A la fin des années 80, son travail consiste à intervenir chirurgicalement sur son corps . Elle le transforme peu à peu, tout en vendant des restes de ce corps qui ont été « prélevés », devenant elle-même une œuvre en constante transformation, évolution... Chaque stade est référencé, documenté, c’est un état final, qu’elle reprend régulièrement.
Cela lui donne une allure pour le moins étrange, ressemblant à ces femmes qui semblent ne pas voir les mutilations qu’elles infligent à leur corps et leur visage.
Vous l’avez compris, Orlan est avant tout une artiste féministe dont le combat pour la prise de conscience collective de l’objetisation du corps de la femme s’inscrit dans son corps même, de manière pérenne, comme un chemin « tatoué » sur elle, la trace de ses luttes.
Déjà en 1977, durant la FIAC, elle réalise une performance : Le Baiser de l’artiste. Elle porte une sculpture-corset qui est un distributeur automatique de baisers en échange de 5 francs. Cela permet aux collectionneurs ou curieux d’avoir une œuvre d’art conceptuelle à un prix abordable. Elle donne à voir ici la place de la femme dans le monde de l’art mais aussi plus largement dans la société en général.
Son travail interroge les pressions sociales, politiques, religieuses, culturelles, idéologiques et esthétiques qui s’inscrivent dans les corps. Des pressions qu’elle n’a jamais eu l’intention de subir !